Parakou le 30/06/2009
Lettre ouverte au Chef de l’Etat
Aymard AGUESSIVOGNON Tél : 95857348 BP : 159 Parakou
A son Excellence Monsieur Boni YAYI, Président de la République
Lettre ouverte au Chef de l’Etat
Aymard AGUESSIVOGNON Tél : 95857348 BP : 159 Parakou
A son Excellence Monsieur Boni YAYI, Président de la République
Monsieur,
Je viens très respectueusement vous faire part de mes sentiments après deux années de pratique de ce qu’il convient d’appeler la pose des fondations de la construction de notre pays. Je vous félicite très sincèrement pour les efforts importants que vous ayez faits en peu de temps dans le cadre la lutte contre l’extrême pauvreté dans notre pays. Je vous félicite également pour votre engagement pour la primauté de l’intérêt collectif et votre détermination à donner un contenu social à notre démocratie qui ne profite pas encore à nous tous.
Je crois qu’après deux années d’exercice du Pouvoir Suprême de notre pays, vous ayez déjà fait l’expérience que les pesanteurs qui contrebalancent nos efforts de Développement depuis les indépendances ne trouvent fondamentalement pas leur justification dans une quelconque absence de leadership au sommet de l’Etat. Comme nos cadres s’étaient empressés de justifier la mauvaise gestion des ressources de notre pays il y a quelques années, projetant ainsi dans l’opinion publique leur prétendue innocence dans cette affaire. C’est dire donc que le diagnostic des maux de notre société doit être reposé avec la dose de courage qu’il requiert.
Je veux paraphraser un auteur de notre pays qui disait que le Développement c’est d’abord une rupture. J’ajouterai que le Développement que dis-je le Changement c’est des impératifs, de l’austérité qui ne se négocient pas. Malheureusement, nous ne sommes apparemment pas prêts pour opérer cette rupture en même temps que nous proclamons le Changement. Est-ce à dire qu’il n’y aura pas l’émergence que veuillons nous béninois d’en bas ? Ou que cette émergence se fera sans cette rupture ? Si à la première question la réponse mérite réflexion, à la seconde je réponds sans hésitation par la négative. Aucune émergence ne sera possible dans la dynamique socio politique actuelle de notre pays.
Le malheur de l’homme béninois est qu’il ne visite pas souvent son histoire. C’est dire aussi que l’homme politique béninois n’est toujours pas un homme du progrès. Car le progrès commence par le respect de l’histoire. Notre passé pas si lointain témoigne à tous les esprits que nous avions déjà fait l’expérience de la construction du Bénin émergent au début des années 1990, expérience qui avait donné espoir à notre peuple vers la fin de l’année 1995. La dégringolade du taux de la croissance économique qui s’était empiré en 2005, était fondamentalement la conséquence logique de l’environnement politique trop pluriel dans lequel l’activité économique était menée. Ce qu’on évite souvent de reconnaitre. Notre peuple ne peut se prévaloir d’aucun changement important sans tirer les conséquences de cette période de notre histoire dont nous portons collectivement la responsabilité parce qu’en réalité il s’agit d’un péché collectif. Et c’est le déni concerté de ce péché collectif à cette époque qui se veut novatrice qui inquiète vos compatriotes, Monsieur le Président.
C’est pourquoi j’ai depuis un certain temps, le sentiment que vous êtes seul sur le chantier de la construction du Bénin prospère dont nous rêvons tous. Et c’est en cela que j’ai peut être raison de penser que vous posiez les fondations de l’émergence de notre pays sur un sol à la fois glissant et mouvant et partant sans aucune assurance de la résistance du Bénin émergent contre les intempéries politiques à long terme.
Je ne voudrais pas aller au jugement trop facile à la limite hypocrite qui consiste à trouver des résistants au Changement. Je voudrais simplement constater des faits qui parlent d’eux-mêmes. Dans la confusion politique actuelle, je n’ai pas le sentiment que celui qui crie tous les jours au Changement soit plus sincère à vous accompagner dans vos efforts de Développement que ne vous abandonne, celui qui refuse de voter une loi des finances au Parlement. Les deux sont pareils et chacun défend ses propres intérêts. Personne ne soutient le Changement si ce n’est vous qui êtes seul sur ce gigantesque chantier. Je peux vous étonner quand vous voyez tout ce beau monde qui crie tous les jours au Changement. C’est du déjà vu cette façon de soutenir un Chef d’Etat dans notre pays. Je crains qu’à la fin qu’on entende les mêmes refrains auxquels les politiciens nous ont habitués depuis le renouveau démocratique : « le Président Yayi est un bon financier et a de la vision, mais il aurait pu ………………. ».
Monsieur le Président de la République, je voudrais que vous ne deviez rien à nos politiciens si ce n’est la volonté légitime exprimée par le peuple en 2006, autrement vous ferez tout sauf la mise de notre nation sur les routes de l’émergence.
Le plus grand obstacle au Développement de notre pays depuis le renouveau démocratique « est le fait que chaque béninois veuille forcer son ascension aux instances de décisions de notre nation ». Mais c’est une extrémité dans une démocratie. Et je n’irai pas loin pour vous trouver un bel exemple. Je suis un peu peiné de donner cet exemple sans vouloir à priori commettre un crime de lèse majesté. C’était une déception et une surprise totales pour moi et bien de Béninois d’entendre au dernier congrès de refondation des Forces Cauris pour un Bénin Emergent, qu’avant le congrès toute idée d’organiser l’alliance en parti politique était écartée. En rejetant cette idée, c’est le jeu démocratique qu’on rejette, c’est le Changement qu’on refuse ou qu’on soutient dans la confusion totale. Ce qui m’avait plus surpris, c’est le communiqué final dans lequel le Coordonnateur National élu disait avec une gêne à peine dissimulée «que l’alliance conciliera deux situations contradictoires : garder l’autonomie des groupes tout en assurant une discipline collective». Drôle de soutien non ! Une autre Union du Bénin du Futur pour mieux marchander le soutien ou perdurer le chantage politique ? C’est peut être trop osé de ma part de donner cet exemple. Mais il faut vraiment de l’audace pour changer les choses. C’est avec l’audace que nous avions agi en 2006 et pour rien au monde ce courage ne sera réduit ni bradé.
Je ne crois à aucun Changement sans la clarification du paysage politique de notre pays. Ce qui n’a rien à voir avec les hauts cris poussés tous les jours devants les caméras des télévisions à la faveur d’un certain soutien aux actions de Gouvernement. Si l’économie des peuples tient beaucoup de la rationalité de leur organisation politique, je doute fort de ce que notre système politique actuel accompagne l’émergence économique de notre patrie. Donc, il y a quelque chose à faire. Vous aviez initié plusieurs fora sur les sujets de préoccupation nationale. Un forum avec pour ordre de jour précis : Clarification ou bipolarisation du système politique béninois par exemple ne sera pas une mauvaise idée. C’est à ce prix que la démocratie avec ses attributs des élections primaires, de l’émergence de nouvelles valeurs remplaceront pour le bien collectif, le militantisme politique sauvage et égocentrique préjudiciable à votre légitime ambition de donner espoir à notre peuple.
Veuillez croire Monsieur le Président de la République, en ses sentiments de très haute et sincère considération.
Aymard AGUESSIVOGNON
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