jeudi 12 novembre 2009

Dépression chez les adolescents: Que faut-il faire?



Cette campagne publicitaire invite l'opinion publique à briser le mythe du silence autour de la dépression des adolescents au Canada.


Ce jeune homme avec le cadenas ouvert à la bouche est très significatif et indique clairement le nouveau comportement souhaité face à la dépression des adolescents. Il faut en parler.
Cependant je trouve une petite insuffisance à cette publicité. Étant claire sur les bénéficiaires de la campagne que sont les adolescents, elle l'est moins sur la cible qu’on appelle au changement de comportement.

Telle que présentée, cette publicité peut être comprise comme une invite des adolescents à parler de leur propre problème de dépression.

Or, un déprimé est d’habitude passif et a besoin de l’aide. Il est moins actif et renfermé sur lui-même. Il est souvent méfiant de son environnement (parents, amis, milieu du travail etc.) qui est le déterminant de son état. D’où la nécessité de le secourir. C’est pourquoi, j’aurais souhaité que l’image qui porte la métaphore de la rupture du silence symbolisée par le cadenas ouvert soit une personne adulte. Et d’emblée, l’équivoque est levée sur la cible appelée à la rupture du silence.

Je ne dis pas que les adolescents ne puissent pas contribuer au débat. Mais l’utilisation de l’image d’un adolescent pour matérialiser la rupture de la parole peut prêter à confusion sur la cible visée pour le changement de comportement. La première lecture que je fais de cette publicité est qu’on invite les adolescents déprimés à parler de leur problème. Ce qui n’est pas tout à fait juste. Néanmoins cette publicité est tout de même très intéressante.

mardi 10 novembre 2009

Violences faites aux femmes: Une publicité sociétale anecdotique

Pour porter assistance aux femmes violentées au canada, un organisme d’assistance aux victimes de violences conjugales, a fait concevoir une publicité pour sensibiliser l’opinion publique sur les violences verbales conjugales.

Cette publicité présente une animatrice qui au cours de sa classe faisait montrer par ses élèves des images qu’ils avaient réalisées. Quand le tour du dernier élève arriva, une adorable petite fille se présentait à la classe avec une feuille de papier rempli d’une grosse vache. Interloquée, l’animatrice l’interpella en ces termes : ma chérie pourquoi une vache ? Pour toute réponse, la fille disait avec fierté « C’est comme ça papa appelle maman à la maison »

Ce qui me frappe dans cette publicité sociétale [1] c’est d’abord son caractère ludique et instructif. Un jeu dans lequel la petite fille représente avec naïveté sa mère par « une vache », nom par lequel son papa désigne sa mère à la maison.

Cette publicité est à la fois instructive, éducative et sensible en ce qu’elle montre le degré d’impact de la violence verbale conjugale sur l’éducation et les représentations des enfants sur la famille. Ce message a plus de chance de toucher sa cible parce qu'il est porté par un enfant (être cher et adoré par tous). Qui voudra avilir la conscience de son enfant parce qu'il doit continuer à violenter verbalement sa femme? C’est donc une publicité forte, susceptible de conduire au changement de comportements souhaités.
Ecouter cette intéressante publicité en cliquant sur ce lien → http://www.ampq.com/news/news09_02_07/htmlnews/15683.html


Les accidents de la voie publique en Egypte: Une nouvelle approche pour un ancien problème de santé publique

Les accidents de la route en Egypte : Une nouvelle approche pour un ancien problème de santé publique.

Les accidents de la voie publique sont l’une des principales causes de décès dans le monde (1). On estime à 1,3 million, le nombre de tués sur la voie publique chaque année dans le monde . C'est-à-dire l’équivalent du nombre de décès mondial par tuberculose en 2006(2) ou la population totale du Gabon en 2008(3) . Alors que personne ne resterait insensible à une catastrophe contemporaine qui réduirait à l’impuissance tous les efforts pour ravager un pays d’un million d’habitants en l’espace d’un an, la mort donnée à des milliers de femmes et d’hommes sur les routes à l’échelle de la planète, ne suscite pas encore dans les débats publics l’intérêt qu’elle requiert.

La quasi-absence de débats sur les accidents de la route au sein des préoccupations de santé publique dans les pays émergents et en développement devient une insuffisance énorme des politiques de développement du fait du fardeau que représentent les traumatismes de la route sur nos systèmes de santé aux ressources déjà précaires et les économies des pays.
Le poids socioéconomique des traumatismes de la route interpelle les consciences collectives et les pouvoirs publics sur la pertinence des interventions qui visent la réduction des décès par pathologies si plus d’un million(4)de gens « mis à l’abri de la tuberculose, du SIDA et autres paludisme » doivent périr chaque année dans les pays du sud pour fait d’accidents de circulation, une cause de décès pourtant évitable.

La question mérite d’être examinée à cause du rôle irremplaçable du secteur des transports et activités connexes dans les politiques de consolidation des économies des pays en développement et émergents. Ce secteur en plein essor semble, à mon avis, porter un rôle ambigu quant à sa contribution au progrès socio-économique de la planète. Si rien n’est fait, selon l’organisation mondiale de la santé, les accidents de la route passeront de la 9ème à la 5ème place des principales causes de décès dans le monde d’ici 2030(5) alors que le VIH/SIDA ira de la 6ème à la 10ème place. Autrement dit, d’ici vingt ans les accidents de la route feront à eux seuls plus de morts que le SIDA et la tuberculose réunis. D’où la nécessité d’initier et de mettre en œuvre des mesures éclairées dans un cadre global de sécurité et de prévention routières dans les pays, potentielles cibles de ce crash socio économique qui se pointe à l’horizon. Il est donc impératif que les pouvoirs publics des pays du Sud, réfléchissent à un dispositif capable de sortir la route de son rôle paradoxal d’acteur et de bourreau du progrès économique et humain.

Un accident mortel de la route a toujours causé d’importants dégâts humains et matériels, donc la destruction de facteurs de production. C’est pourquoi ma réflexion actuelle qui se focalise sur la situation de la sécurité routière en Egypte, loin d’être une piètre dénonciation de phénomènes conjoncturels porteurs de catastrophes sur les routes égyptiennes, s’inscrit dans la dynamique de contribuer au débat sur la sécurité routière au niveau de ce pays et du reste du continent dans la perspective d’anticiper sur la projection apocalyptique mais raisonnable de l’organisation mondiale de la santé sur les accidents de la route d’ici 2030.

A mon entendement, c’est une démission collective de notre charge d’humanité que de continuer à tolérer des pertes en vies humaines pour des causes de décès évitables. Et les décès pour fait d’accidents de la route s’inscrivent parfaitement dans ce registre.

Si la question de la sécurité routière en Egypte comme dans la plupart des pays à économies émergentes et en développement, n’est pas trop alarmante, elle est encore moins innocente.
Chaque année quelque 6000 personnes trouvent la mort et plus de 30.000 sont blessées dans les accidents de la route en Egypte(6) .

Six mille (6000) personnes, ce n’est peut être pas trop parlant comme chiffre mais c’est aussi 30 crash d’avion transportant chacun 200 passagers. Ça ressemble maintenant à quelque chose ? Et pourtant c’est la quantité de gens qui passent chaque année de vie au trépas dans les traumatismes de la route en Egypte, laissant derrière eux désolations et peines dans les familles et la société. Une situation qui prouve à suffisance que l’Egypte est l’un des pays les moins sûrs en matière de sécurité routière au monde.

La situation de la sécurité routière égyptienne et les conséquences inhérentes suscitent des inquiétudes même au delà des frontières du pays. C’est ainsi que le 02 Juillet 2009, l’attachée de presse de l’Union russe de l’industrie du tourisme, Irina Tiourina avait annoncé à Moscou que l’Egypte détient depuis 2006, le record du nombre d’accidents de la voie publique impliquant les touristes russes. Elle poursuivait et enfonçait « Entre 2006 et les 6 premiers mois de 2009, le plus grand nombre d'accidents arrivés aux touristes russes en vacances à l'étranger a été enregistré en Egypte. Ce pays est le leader incontestable pour le nombre d'accidents impliquant des Russes (31 accidents, soit 201 morts ou blessés(7) ».

Ce qui interpelle tout de suite dans cette remarque est le lien qui est fait entre les accidents intervenus en terre égyptienne et le secteur touristique qui reste un pilier sensible du produit intérieur brut en Egypte. Un tel rapport entre les faits pose d’abord un problème de développement et ensuite de santé publique et nécessite des interventions efficaces pour sécuriser et crédibiliser le flux routier dans ce grand et beau pays de tourisme.
La corrélation entre les faits et la provenance russe des accidentés peuvent prêter à confusion quand on s’en remet aux statistiques des accidents de circulation et dégâts collatéraux qui attribuent à la Russie la place de leader mondial(8) .

L’analyse brute des accidents dans lesquels sont impliqués les touristes russes en vacance en Egypte sur la période rapportée par l’attachée de presse de l’Union russe du tourisme, conclurait à une transposition des facteurs d’accidents liés à l’homme « russe » sur le théâtre routier égyptien. Mais cette interprétation des faits, piégée par la facilité, manquerait de pertinence en ce que rien ne prouve que ce fût les russes eux-mêmes qui fussent au volant au moment des faits, encore qu’ils ne fussent pas concernés par la totalité des accidents intervenus en Egypte au cours de la période indexée. C’est pour dire que les réalités du flux circulatoire des routes égyptiennes conjuguent un ensemble de facteurs d’accidents dont les plus importants doivent être identifiés et convertir en mesures correctives dans un programme global de sécurisation des axes routiers.

Il s’agit en fait de réaliser une analyse systémique de l’ensemble des facteurs favorisant les accidents depuis l’approche étatique de la sécurité routière jusqu’aux causes directes qui portent les situations de crises sécuritaires déplorées sur les routes en Egypte. Des solutions fragmentaires à titre du durcissement du code de la route comme l’avaient fait les autorités égyptiennes en Août 2008(9)pour discipliner les usagers de la route, ne pourront solutionner l’inquiétante question de l’imprudence sur les routes en Egypte. Pour toute réponse à une journaliste qui interpella un conducteur de taxi qui venait de brûler les feux tricolores dans un endroit envahis par les piétons, ce dernier lui lança avec indifférence : « Quelle est la sanction maximale que je risque si je renverse une personne 500 LE ? Un an de prison ? Ce n’est pas grave ».

Cette réponse d’une saisissante profondeur pose d’emblée toute la problématique de la sûreté de la route en Egypte et justifie aisément pourquoi 93 pour cent des accidents routiers de ce pays sont dus à l’imprudence humaine(10. Les accidents de la route ne sont que l’aboutissement logique d’une conjonction de situations et faits n’ayant pas tous leur source dans le trafic routier et qu’aucune loi fut-elle répressive, ne pourra régler d’un coup de baguette magique. D’où la pertinence de l’approche systémique du problème.

L’excès de vitesse par exemple qui est l’une des principales causes des accidents routiers, est une réalité vécue et partagée en milieu urbain en Egypte, en dépit des textes qui régissent la limite de vitesse en fonction des lieux. Et les conducteurs de taxis y sont zélés même si ce comportement est également observé dans les rangs des autres usagers de la voie publique.
Les indicateurs tangibles des excès de vitesse sur les axes routiers en milieu urbain, lieu par excellence des catastrophes routières en Egypte, sont les décélérations subites, les arrêts brusques et autres virements spectaculaires sur le côté par les taximen à l’appel ou à la recherche d’un client. Lesquels mouvements s’effectuent le plus souvent sur un simple coup d’œil dans le rétroviseur sans aucune autre mesure complémentaire pour sécuriser le mouvement collectif.

Ces excès de vitesse liés à l’activité des taximen cachent peut être l’important problème de stress au travail qui est lui-même générateur d’accidents de travail et par ricochet d’accident de circulation. C’est pourquoi, vu la masse de gens qui s’investissent dans la conduite de taxi en Egypte, je pense qu’il serait pertinent que les politiques de sécurisation des axes routiers partent de la recherche des déterminants sociologiques de l’imprudence chez les taximen égyptiens. Ce faisant, les pouvoirs publics sauront les leviers sur lesquels ils devront intervenir pour inverser la tendance des drames de la route.

C’est bien de limiter la vitesse par la prise des textes portés à la connaissance de tous avec des menaces de sanctions punitives. Malheureusement, il ne suffit pas de savoir ce qui est bien pour le faire. Le cas du conducteur de taxi cité plus haut l’illustre bien. S’il choisit délibérément de passer 12 mois en prison au lieu d’attendre une ou deux minutes dans les feux tricolores, il y a un problème dont la solution dépasse les menaces de sanctions d’un code de la route. Pour obtenir de lui le changement de comportement favorable à la sûreté de la route, il faut aller à la rencontre de ce problème, le connaitre, identifier ses déterminants et les solutions qui les suppriment.

L’action ou la non-action de l’homme sont régies par des facteurs qui les facilitent ou les bloquent. C’est en cela qu’il est difficile d’obtenir de lui un changement de comportement dans le style télécommande - poste téléviseur.

Contrairement à l’analyse de nombreux observateurs qui imputent la responsabilité des accidents de la voie publique en Egypte à un défaut de planification de la sécurité routière (insuffisance de feux tricolores, dos d’ânes mal disposés, débordement des forces de sécurité publique dans l’organisation de la circulation etc.) qui restent des problèmes de sécurité routière communs à l’ensemble des pays à économies émergentes ou en développement, j’approche autrement la question de la sûreté de la route en Egypte. Et cette approche tient sa légitimité du fait que la plus grande partie (93 pour cent) des accidents de route intervenus dans ce pays, sont dus à des erreurs humaines. C’est dire que l’homme est à la fois acteur et victime de ce problème. Alors comment pourrions-nous envisager des solutions efficaces et durables par des mesures qui le menacent ou qui n’accrochent pas son intérêt ?

Le souhait des pouvoirs publics égyptiens de durcir dernièrement le code routier en réponse à l’allure inquiétante des accidents de la route, n’est nullement de percevoir les contraventions dues pour non respect de textes, ni de remplir les geôles égyptiennes de contrevenants au code de sécurité routière. Il s’agit bien de protéger l’usager et acteur de l’insécurité routière. Il faut donc concevoir et mettre en œuvre la politique de la sûreté routière avec et pour lui. Une autre approche de la question échouera parce qu’elle sera perçue comme une menace dans laquelle l’usager de la route ne sera pas partie prenante.

Si la situation demeure telle qu’elle se présente aujourd’hui, les accidents de la route risquent dans les années qui viennent, de ravir la vedette aux maladies cardiaques en prenant la première place de pourvoyeur de morts en Egypte. Dans cette position ils deviennent du coup un problème de développement qui coûte déjà au pays des pertes importantes en forces de production (au moins 60 pour cent des tués sont des jeunes) et plus de 3 milliards de LE chaque année . Alors, je propose que la politique de la sécurité routière en Egypte soit réglée par une approche de programme de santé publique organisé en des projets qui ciblent et interviennent sur les faiblesses et/ou besoins de l’ensemble du système générateur des accidents de la route, partant des causes structurelles jusqu’à l’imprudence humaine dont dépend directement la grande partie des tueries sur les routes.

Si cette démarche est consensuelle, l’une des premières interventions doit porter sur l’étude du stress et ses déterminants sociologiques chez les conducteurs de taxi en milieu urbain. L’intérêt de cette étude tient au fait que le stress professionnel en soi est source d’accidents en milieu de travail et la grande partie des conducteurs de taxi en Egypte travaillent pour un patron et sont certainement soumis à des contraintes de résultats. Lesquelles contraintes peuvent occasionner chez ces travailleurs de la route, le stress qui va s’exprimer par un accident mortel rapidement affecté au compteur d’une certaine imprudence ou erreur humaine dont la source ne préoccupe à priori personne. C’est ça, le vrai enjeu de l’approche systémique de la problématique de l’insécurité routière et ses avatars en Egypte.

En mettant en place avec méthodes un programme ambitieux de sécurisation de la route qui tient compte des acteurs du secteur des transports urbains notamment les conducteurs de taxi, les pouvoirs publics égyptiens réduiront considérablement le nombre de décès pour fait d’accident de circulation. Cependant une approche systémique du problème est obligatoire. Car l’accident de la route dépend d’un ensemble de facteurs parfois d’origine lointaine qui évoluent dans la relation de cause à effets vers l’accident qui n’est que le couronnement fatal pour la victime. Pour être efficace, il convient de rechercher et d’analyser les causes des différents paliers depuis les moins évidentes jusqu’à celle dont dépendent directement les catastrophes routières.

L’insécurité routière et ses conséquences s’imposent sous nos yeux comme un problème de santé publique complexe et ancien sur lequel il faut porter un nouveau regard. Nous sommes en face d’un grand mal qui nécessite une thérapie de choc car « aux grands maux, les petits remèdes n’apportent pas de petits soulagements, ils n’apportent rien ‘’John Stuart Mill’’»
Mon analyse de la situation souffre certainement des insuffisances qui peuvent être corrigées. Aussi ses limites se basent sur le fait que les statistiques proviennent des sites internet dont la plupart cite quand même des organismes officiels égyptiens.


1http://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_de_la_route#Statistiques.
2http://www.who.int/tb/publications/global_report/2008/key_points/fr/index.html
3http://www.indexmundi.com/fr/gabon/population_profil.html
4http://www.who.int/violence_injury_prevention/road_safety_status/report/fr/index.htmlhttp://www.who.int/violence_injury_prevention/road_safety_status/report/web_version_no_annex_fr.pdf 5http://www.ladepeche.fr/article/2008/05/01/451525-Neuf-morts-dans-l-accident-d-un-car-de-touristes-en-Egypte.html
6http://fr.rian.ru/society/20090702/122189900.html
7http://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_de_la_route#Solutions_partielles
8http://www.radarsmaroc.com/content/view/153/34/
9http://hebdo.ahram.org.eg/Arab/Ahram/2007/6/6/enqu0.htm
10http://hebdo.ahram.org.eg/Arab/Ahram/2007/6/6/enqu0.htm




Lettre ouverte à Monsieur Boni Yayi, Président de la république du Bénin

Parakou le 30/06/2009
Lettre ouverte au Chef de l’Etat
Aymard AGUESSIVOGNON Tél : 95857348 BP : 159 Parakou
A son Excellence Monsieur Boni YAYI, Président de la République

Monsieur,
Je viens très respectueusement vous faire part de mes sentiments après deux années de pratique de ce qu’il convient d’appeler la pose des fondations de la construction de notre pays. Je vous félicite très sincèrement pour les efforts importants que vous ayez faits en peu de temps dans le cadre la lutte contre l’extrême pauvreté dans notre pays. Je vous félicite également pour votre engagement pour la primauté de l’intérêt collectif et votre détermination à donner un contenu social à notre démocratie qui ne profite pas encore à nous tous.

Je crois qu’après deux années d’exercice du Pouvoir Suprême de notre pays, vous ayez déjà fait l’expérience que les pesanteurs qui contrebalancent nos efforts de Développement depuis les indépendances ne trouvent fondamentalement pas leur justification dans une quelconque absence de leadership au sommet de l’Etat. Comme nos cadres s’étaient empressés de justifier la mauvaise gestion des ressources de notre pays il y a quelques années, projetant ainsi dans l’opinion publique leur prétendue innocence dans cette affaire. C’est dire donc que le diagnostic des maux de notre société doit être reposé avec la dose de courage qu’il requiert.

Je veux paraphraser un auteur de notre pays qui disait que le Développement c’est d’abord une rupture. J’ajouterai que le Développement que dis-je le Changement c’est des impératifs, de l’austérité qui ne se négocient pas. Malheureusement, nous ne sommes apparemment pas prêts pour opérer cette rupture en même temps que nous proclamons le Changement. Est-ce à dire qu’il n’y aura pas l’émergence que veuillons nous béninois d’en bas ? Ou que cette émergence se fera sans cette rupture ? Si à la première question la réponse mérite réflexion, à la seconde je réponds sans hésitation par la négative. Aucune émergence ne sera possible dans la dynamique socio politique actuelle de notre pays.

Le malheur de l’homme béninois est qu’il ne visite pas souvent son histoire. C’est dire aussi que l’homme politique béninois n’est toujours pas un homme du progrès. Car le progrès commence par le respect de l’histoire. Notre passé pas si lointain témoigne à tous les esprits que nous avions déjà fait l’expérience de la construction du Bénin émergent au début des années 1990, expérience qui avait donné espoir à notre peuple vers la fin de l’année 1995. La dégringolade du taux de la croissance économique qui s’était empiré en 2005, était fondamentalement la conséquence logique de l’environnement politique trop pluriel dans lequel l’activité économique était menée. Ce qu’on évite souvent de reconnaitre. Notre peuple ne peut se prévaloir d’aucun changement important sans tirer les conséquences de cette période de notre histoire dont nous portons collectivement la responsabilité parce qu’en réalité il s’agit d’un péché collectif. Et c’est le déni concerté de ce péché collectif à cette époque qui se veut novatrice qui inquiète vos compatriotes, Monsieur le Président.

C’est pourquoi j’ai depuis un certain temps, le sentiment que vous êtes seul sur le chantier de la construction du Bénin prospère dont nous rêvons tous. Et c’est en cela que j’ai peut être raison de penser que vous posiez les fondations de l’émergence de notre pays sur un sol à la fois glissant et mouvant et partant sans aucune assurance de la résistance du Bénin émergent contre les intempéries politiques à long terme.
Je ne voudrais pas aller au jugement trop facile à la limite hypocrite qui consiste à trouver des résistants au Changement. Je voudrais simplement constater des faits qui parlent d’eux-mêmes. Dans la confusion politique actuelle, je n’ai pas le sentiment que celui qui crie tous les jours au Changement soit plus sincère à vous accompagner dans vos efforts de Développement que ne vous abandonne, celui qui refuse de voter une loi des finances au Parlement. Les deux sont pareils et chacun défend ses propres intérêts. Personne ne soutient le Changement si ce n’est vous qui êtes seul sur ce gigantesque chantier. Je peux vous étonner quand vous voyez tout ce beau monde qui crie tous les jours au Changement. C’est du déjà vu cette façon de soutenir un Chef d’Etat dans notre pays. Je crains qu’à la fin qu’on entende les mêmes refrains auxquels les politiciens nous ont habitués depuis le renouveau démocratique : « le Président Yayi est un bon financier et a de la vision, mais il aurait pu ………………. ».
Monsieur le Président de la République, je voudrais que vous ne deviez rien à nos politiciens si ce n’est la volonté légitime exprimée par le peuple en 2006, autrement vous ferez tout sauf la mise de notre nation sur les routes de l’émergence.

Le plus grand obstacle au Développement de notre pays depuis le renouveau démocratique « est le fait que chaque béninois veuille forcer son ascension aux instances de décisions de notre nation ». Mais c’est une extrémité dans une démocratie. Et je n’irai pas loin pour vous trouver un bel exemple. Je suis un peu peiné de donner cet exemple sans vouloir à priori commettre un crime de lèse majesté. C’était une déception et une surprise totales pour moi et bien de Béninois d’entendre au dernier congrès de refondation des Forces Cauris pour un Bénin Emergent, qu’avant le congrès toute idée d’organiser l’alliance en parti politique était écartée. En rejetant cette idée, c’est le jeu démocratique qu’on rejette, c’est le Changement qu’on refuse ou qu’on soutient dans la confusion totale. Ce qui m’avait plus surpris, c’est le communiqué final dans lequel le Coordonnateur National élu disait avec une gêne à peine dissimulée «que l’alliance conciliera deux situations contradictoires : garder l’autonomie des groupes tout en assurant une discipline collective». Drôle de soutien non ! Une autre Union du Bénin du Futur pour mieux marchander le soutien ou perdurer le chantage politique ? C’est peut être trop osé de ma part de donner cet exemple. Mais il faut vraiment de l’audace pour changer les choses. C’est avec l’audace que nous avions agi en 2006 et pour rien au monde ce courage ne sera réduit ni bradé.
Je ne crois à aucun Changement sans la clarification du paysage politique de notre pays. Ce qui n’a rien à voir avec les hauts cris poussés tous les jours devants les caméras des télévisions à la faveur d’un certain soutien aux actions de Gouvernement. Si l’économie des peuples tient beaucoup de la rationalité de leur organisation politique, je doute fort de ce que notre système politique actuel accompagne l’émergence économique de notre patrie. Donc, il y a quelque chose à faire. Vous aviez initié plusieurs fora sur les sujets de préoccupation nationale. Un forum avec pour ordre de jour précis : Clarification ou bipolarisation du système politique béninois par exemple ne sera pas une mauvaise idée. C’est à ce prix que la démocratie avec ses attributs des élections primaires, de l’émergence de nouvelles valeurs remplaceront pour le bien collectif, le militantisme politique sauvage et égocentrique préjudiciable à votre légitime ambition de donner espoir à notre peuple.

Veuillez croire Monsieur le Président de la République, en ses sentiments de très haute et sincère considération.

Aymard AGUESSIVOGNON